Scholè ? Que signifie ce mot ? Il s’agit d’un terme grec qui signifie « loisir ». En latin, le terme équivalent est « otium« . Le loisir, contrairement a une idée très répandue, n’est pas le divertissement : c’est le temps consacré aux études et aux affaires sérieuses. Étudier est un loisir (et ainsi une affaire sérieuse), parce que c’est une activité qui est bonne en elle-même. En revanche, passer son temps à vouloir gagner de l’argent peut apparaître comme une affaire sérieuse (et qui donne quelque souci). Mais en réalité, elle n’est pas très sérieuse, car l’argent n’est qu’un moyen, aucunement une fin1.
Philosopher, ce n’est pas tellement ou seulement »aimer la sagesse » (philein te sophias), c’est d’abord s’adonner à une activité noble (noble, parce qu’elle possède une valeur en elle-même) et non à une activité servile, comme beaucoup pourraient le croire : qui voudrait étudier en vue de gagner de l’argent ? Pour gagner de l’argent, il suffit de faire du négoce (la négation de l’otium). Ce qui est étrange, c’est que ce qui passe pour nous comme étant le plus sérieux (gagner de l’argent, afin d’être heureux) est en réalité une activité subalterne. Ce qui compte vraiment, c’est notre formation intellectuelle, la formation de notre capacité à juger, à distinguer, à analyser, à séparer, afin de dégager ce qui, dans nos propres opinions est assez confus, ou bien inapproprié, soit que l’on juge de trop près, soit que l’on juge de trop loin.
École
Certes, on peut toujours dire que l’on n’aime pas l’école, cette institution qui a pris diverses formes dans notre histoire et qui n’est pas toujours le lieu où l’on garde en souvenir les moments les plus agréables. Augustin d’Hippone raconte dans ses Confessions que non seulement il s’ennuyait à apprendre par cœur toutes les choses que ses maîtres lui faisaient apprendre, mais qu’après avoir été lui-même un élève qui s’ennuyait, il fut passablement chahuté par ses élèves lorsqu’il s’est trouvé enseignant la rhétorique à Rome.2
Il semble ainsi qu’entre le loisir studieux et les désagréments de l’école, nous devions nous élancer sur toutes sortes de chemins, en vue de nous former nous-même. Le loisir, pour reprendre un titre de Joseph Pieper, est le fondement de la culture3. Ces pages peuvent peut-être aider le novice en philosophie ou le curieux à trouver des matériaux utiles.
- sur la notion de fin, consultez un dictionnaire de philosophie [↩]
- Augustin est l’un des quatre « docteurs » de l’Église catholique, ce qui signifie que son enseignement théologique est intégré dans l’héritage intellectuel de l’Église [↩]
- Joseph Pieper, Le loisir, fondement de la culture. Ad Solem. 2007. 72 pages [↩]